La sexualité du couple

Extrait du « Petit guide du confinement réussi en couple » qui vient de paraître aux InterEditions et téléchargeable gratuitement ci-dessous

En matière de sexualité, la première difficulté que pose le confinement au couple, c’est la baisse du désir. Il est très douloureux pour l’un de ne plus éprouver de désir, et pour l’autre de ne plus se sentir objet du désir de son conjoint.

 

Ce phénomène bien connu des sexothérapeutes touche fréquemment les couples à un moment ou l’autre de leur histoire. Il est par exemple très courant que les jeunes mères ne se montrent plus tellement intéressées par la sexualité, et que leur conjoint s’en trouve délaissé, fréquemment meurtri par un sentiment d’injustice. Chez les hommes, le même phénomène se produit souvent lorsqu’ils traversent une phase professionnelle difficile, comme une période de chômage par exemple. Parfois, c’est l’âge qui est à incriminer : ménopause pour les femmes, cinquantaine pour les hommes sont des caps angoissants à passer à cause de la modification des équilibres hormonaux. Il n’y a pas de vie de couple durable sans variations du désir. Et reprendre une sexualité de couple, après une phase plus ou moins longue où elle a été mise de côté, est souvent un peu compliqué, et rarement naturel.

Parler de la sexualité dans le couple

Cela demande un « effort », c’est-à-dire une décision délibérée partagée par les deux partenaires. Ce qui suppose de parler de la sexualité dans le couple, et donc de s’exposer dans son intimité la plus profonde. Cela n’a rien de facile, même et peut-être surtout chez les couples qui sont ensemble depuis longtemps, la durée ayant souvent conduit les deux partenaires à taire des petites frustrations, des regrets ou des désirs devenus indicibles. S’engager soudain dans une discussion autour de ce que l’on aimerait fait courir le risque d’ouvrir la boîte de Pandore, de se rendre vulnérable aux réactions de son conjoint, imprévisibles en la matière, de le blesser, et d’être aussi blessé en retour par l’expression de ses propres regrets et désirs inavoués. Et voilà comment, chez bien des couples, on passe à côté de plaisirs partagés, et des bienfaits de la sexualité.

Le confinement a ceci d’inédit qu’il dure longtemps, avec une incertitude sur la date exacte à laquelle il sera levé, qui ouvre elle-même sur une période de grande insécurité en matière économique. L’impossibilité d’entretenir des relations sociales extérieures au couple, l’obligation de vivre avec son partenaire à temps complet, et l’insécurité au sujet de ce qu’il se passera ensuite sont trois ingrédients majeurs de baisse du désir, pour les hommes comme pour les femmes. Leur combinaison provoque un effet massue sur la libido.

Désiré, désirant, désirable

Classiquement, le désir masculin se nourrit du regard que l’homme porte sur le corps de ceux (hommes ou femmes suivant son orientation sexuelle principale) avec qui il n’aura pas de relation sexuelle.

Toutes les femmes savent bien que les hommes les regardent dans la rue, dans les transports en commun ou au bureau. Ce regard, à condition qu’il ne soit ni insistant ni insultant, les enveloppe et les valorise, et il alimente la « machine à fantasmes » qui occupe une large place dans l’inconscient masculin . Si l’homme ne rencontre pas de difficulté dans sa relation de couple, ces regards et ces fantasmes n’ont aucune raison de se transformer en relation extra-conjugale. Ils ont plutôt une fonction rassurante, et viennent lui confirmer qu’il est encore en mesure d’entamer une relation, qu’il est encore « sur le marché ». Dans son imaginaire, l’homme est désirable s’il est puissant, c’est-à-dire en capacité de. Autrement dit, l’homme entretient son sentiment d’être désirable par le regard désirant qu’il porte sur celles ou ceux avec qui il n’est pas en relation de couple.
Ce même regard porté sur elles entretient aussi la sensation d’être désirables chez les femmes. C’est une des raisons pour lesquelles elles « se font belles » — bien coiffées, bien maquillées, bien habillées — avant de sortir ou d’aller travailler. Cette sensation d’être désirables entretient leur libido, c’est-à-dire leur énergie vitale, ou sexuelle : tous ces termes sont synonymes. Pour éprouver du désir, en règle générale (car il va de soi que ces mécanismes généraux ont mille et une façons individuelles de se manifester chez chacun), une femme a besoin de se sentir désirée, de se sentir « spéciale » dans le regard qui est posé sur elle. Chez elle non plus, la sensation d’être désirable et celle d’être désirée ne signifient pas qu’elle va entamer une relation sexuelle avec la personne qui lui manifeste son désir. Il s’agit juste d’une condition préalable à la circulation libidinale, sans laquelle la sexualité ne se déclenche pas.

En soi, la sensation de désir est très agréable, et plus elle dure, plus elle se déploie dans sa puissance, et plus elle remplit de vie le sujet désirant. En tant que tel, le désir est indépendant de l’objet du désir , et il ne se limite pas à la sphère sexuelle. La fonction du désir n’est pas d’être assouvi : étymologiquement, « désirer » signifie d’ailleurs « constater l’absence » . Le désir existe pour se déployer, pour durer, pour être « désirant ». Il est bon en soi, signe de vitalité et de puissance libidinale. C’est pourquoi les troubadours du Moyen-Âge chantaient l’amour courtois, c’est-à-dire sans satisfaction charnelle, qui fait croître le désir jusqu’à la limite du soutenable. À l’inverse, notre société entretient la confusion entre désir et assouvissement du désir : il suffit d’un clic de souris pour se procurer l’objet de notre désir. Mais ce comblement instantané empêche le désir de se déployer, il empêche de connaître le plaisir du désir. À ce sujet, je me souviens des confidences d’un homme qui me confiait avoir perdu le désir sexuel après plusieurs années de pratique à hautes doses du libertinage : comme il pouvait avoir toutes les femmes, il n’en avait plus envie. Un autre me confiait au contraire avoir toujours préféré le désir au plaisir, et avoir parfois prolongé l’attente pour cette raison.

Le désir, c’est la distance

Pourquoi, alors, cette mécanique du désir si parfaitement complémentaire chez les hommes et les femmes ne pourrait-elle pas fonctionner à domicile ? La réponse est double : d’une part, c’est possible, et c’est l’objet de la suite de ce chapitre ; mais d’autre part, ce n’est habituellement pas de cette façon que cela se déroule, car la distance entretient le désir .
Pour le dire simplement, chacun désire ce qu’il n’a pas. Tout notre système économique est bâti sur ce principe : c’est parce que vous n’avez pas le dernier téléphone à la mode, la voiture qui vous plaît ou la maison de vos rêves que vous les désirez, et que vous allez, peut-être, les acquérir. Et, comme vous le savez, après que vous les aurez obtenus, vous vous sentirez joyeux et plein d’énergie pendant un temps, puis vous vous y habituerez, et enfin vous désirerez les remplacer. Eh bien, en matière de sexualité, c’est (presque) pareil ! Avoir à votre disposition permanente la personne avec qui vous faites régulièrement l’amour ne vous donne pas envie de le faire. Ce mécanisme simple explique la plupart des liaisons extra-conjugales (bien perturbées elles aussi par le confinement), qui jouent parfois un rôle de « stabilisateur » du couple.

Un processus naturel de décrue du désir

Au sein d’un couple qui s’aime, le fait que l’un des partenaires ou les deux se rende chaque matin au travail entretient une forme de distance, qui est favorable à l’émergence du désir. Ce désir sera entretenu dans la journée par les rencontres sociales et les regards échangés. Dans l’idéal, il se déploiera le soir au retour des conjoints à leur domicile par la sensation d’être apprécié(e) de son partenaire, et s’exprimera ensuite au moment de faire l’amour. Cela prolonge la période d’attirance sexuelle extrême vécue au début de leur histoire par les partenaires, qui n’habitaient pas encore ensemble, et qui étaient inondés d’hormones de l’excitation, de l’amour et de la récompense.

Mais il faut bien reconnaître que le cocktail chimique détonnant auxquels nous sommes soumis au moment de l’amour romantique a une durée limitée (et c’est tant mieux, car notre organisme n’est pas capable de supporter trop longtemps un tel niveau de stupéfiants), et que la logique habituelle des histoires d’amour veut que nous décidions à un moment donné d’habiter ensemble. Et voilà déjà deux composantes essentielles du désir qui disparaissent ! Il reste heureusement les séparations et les retrouvailles quotidiennes liées au travail, ainsi que les regards quotidiens échangés pendant les interactions sociales, pour faire perdurer le désir au sein du couple.

Et bien sûr, il existe aussi plein d’autres stimulants potentiels, bien connus de tout un chacun : bouquet de fleurs, bijoux, surprises en tout genre, dîner aux chandelles en amoureux, déambulations nocturnes agrémentées de beaux panoramas éclairés par la lune, jolies tenues à la fois élégantes et sexy, sous-vêtements affriolants… Mais, comme vous l’avez remarqué, ces ingrédients-là sont assez rarement employés au sein des couples installés. C’est une erreur, car ils continuent de très bien fonctionner au sein d’une relation stable, et rien n’empêche de les y réintroduire.

Tout ceci pour dire qu’il y a naturellement (et chimiquement) un processus de décrue du désir qui se met en place au sein du couple à mesure que celui-ci se stabilise et se transforme en relation amoureuse au long cours. Le confinement amplifie ce processus en interdisant les sorties en-dehors du domicile. Pire, il peut l’accentuer si, par exemple, le couple confiné traîne à la maison sans s’être douché, en pyjama ou en jogging, néglige son hygiène ou son apparence physique et laisse traîner ici ou là des objets intimes (chaussettes, sous-vêtements, serviettes périodiques et j’en passe). Ce n’est déjà pas tous les jours facile de vivre avec un homme dont la barbe et les cheveux poussent de façon désordonnée, s’il faut en plus le supporter pas lavé, en caleçon ou slip ringard et débardeur au milieu de la journée, le désir aura du mal à éclore. Même chose évidemment dans l’autre sens : une femme pas épilée, habillée en robe de chambre à quinze heures et qui laisse traîner ses culottes parviendra difficilement à susciter le désir de son conjoint.

Faire l’amour, le meilleur antidépresseur

Et par-dessus tout ça, l’épidémie de Covid-19 encourage la distanciation et provoque des peurs multiples, d’ordre sanitaire et économique, qui ont un effet extrêmement négatif sur la libido. En effet, pour se déployer et se manifester au mieux, le désir sexuel, qui met en vulnérabilité, a impérativement besoin de sécurité. Instinctivement, nous savons bien que nous n’avons aucune chance de séduire si nous sommes tristes, anxieux, déprimés. C’est au contraire le rayonnement, la joie de vivre, le dynamisme qui sont attirants. Mais pour rayonner, faire éclater sa joie de vivre et aller vers les autres, il faut se sentir suffisamment sûr de soi. Cette sécurité tranquille constitue l’ingrédient mystère de la séduction (à l’inverse, se comporter de façon trop sûre de soi déplaît souvent). La fragilité psychique n’invite guère à la sexualité. Elle appelle au contraire à une attitude maternante peu propice au plein désir sexuel assumé.

Pourtant, faire l’amour constitue le meilleur antidépresseur qui soit. Les effets d’une sexualité épanouie sur l’organisme sont proprement stupéfiants. Détente musculaire et psychique, autorégulation chimique et neuronale, sensation de complétude et d’assouvissement, régulation de l’énergie et amélioration du sommeil… Les effets sur le couple sont tout aussi positifs : consolidation du sentiment de sécurité mutuelle, renforcement de la connexion, approfondissement de la relation, retour de la tendresse, impression libératrice d’être accepté dans son intimité et sa vulnérabilité, sensation physique d’aimer et d’être aimé(e), reconnaissance mutuelle… Autant de sensations qui ont pour effet d’ouvrir le cœur des conjoints et de les amener à se rejoindre.

Bien sûr, j’évoque ici la sexualité épanouie et épanouissante. Alors comment faire pour, d’une part, réhabiliter la sexualité au sein du couple confiné malgré la décrue du désir et, d’autre part, faire en sorte que cette sexualité soit épanouissante pour les deux et leur donner envie de recommencer ?

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