Le temps du couple

Extrait du « Petit guide du confinement réussi en couple » qui vient de paraître aux InterEditions et téléchargeable gratuitement ci-dessous

Après l’espace, c’est bien sûr notre perception du temps qui se trouve fragilisée à l’extrême par l’expérience du confinement, seul ou à plusieurs. Or le temps constitue un élément fort de notre structure intérieure : nous nous repérons dans notre existence en synchronisant notre horloge interne avec notre montre.

Toutes les expériences qui désynchronisent les deux horloges perturbent notre équilibre, à commencer par le décalage horaire, fût-il aussi léger que celui qui sépare l’heure d’hiver et l’heure d’été. C’est la même chose pour les personnes qui travaillent de nuit ou dont le rythme de travail est fréquemment modifié, parce qu’elles font les deux-huit ou les trois-huit par exemple. Ou pour celles qui se rendent dans un pays où l’alternance du jour et de la nuit est marquée d’une façon très différente de chez nous, comme dans les pays du Nord de l’Europe.

Des temporalités imbriquées

Tout changement de rythme, même désiré, crée une perturbation que l’organisme ne parvient pas à assimiler immédiatement. C’est par exemple le cas des vacances, où l’on « prend le temps » de faire les choses : les premiers jours sont souvent marqués par des insomnies, des dérangements intestinaux ou des crises d’angoisses chez les plus actifs, qui tombent parfois malades ou sont victimes d’accident. En dehors des périodes de congés, nos horaires de travail marquent le rythme de nos jours et de nos nuits, et celui de notre couple. La répétition des temps de départ et de retrouvailles, leur caractère prévisible, structure notre vie quotidienne et contribue à notre sentiment de sécurité intérieure, qui est essentiel à la santé du couple.

D’autre part, la nécessaire conciliation de notre temps de travail et de notre temps personnel nous amène à multiplier nos actes, nos réalisations, qui scandent et définissent notre rythme interne. Qui ne se plaint pas d’être soumis à un « rythme infernal » ou de vivre une « vie démentielle » ? Cela n’a évidemment rien de simple de boucler un dossier urgent tout en continuant de faire son sport, d’aller chercher les enfants chez la nourrice ou à l’école, de passer chez le médecin et à la pharmacie, de voir ses amis, pratiquer une activité et sortir en amoureux.

Au-delà de l’alternance vie professionnelle-vie privée, elle-même subdivisée selon de multiples échéances qui créent un rythme soutenu, nous sommes aussi structurés par la période de vie au sein de laquelle nous nous trouvons. Selon que nous avons vingt, trente-cinq, cinquante ou soixante-dix ans, nous ne donnons pas le même sens à notre vie, et nous n’établissons pas de la même façon notre liste des priorités. C’est bien naturel, puisque nous n’avons pas les mêmes échéances en tête : à vingt ans, il s’agit d’entrer sur le marché du travail et de faire des rencontres, à trente-cinq de faire carrière et d’éduquer ses enfants, à cinquante de prévoir sa retraite et d’aider ses enfants à s’établir, et à soixante-dix de profiter au mieux du temps qui nous reste en conseillant ses enfants adultes et ses petits-enfants.

Autrement dit, notre structure intérieure est le fruit de plusieurs temporalités, qui s’imbriquent les unes dans les autres, et dont dépend la stabilité de notre organisme, laquelle conditionne aussi la qualité de notre relation de couple. En effet, notre sentiment de sécurité dépend en grande partie de notre stabilité et contribue à la sécurité de notre couple. Et la connexion que nous vivons dans le couple, et qui est un aliment essentiel de notre vie intime, ne peut s’établir et s’épanouir que dans un environnement de totale sécurité. Et pourtant, il faut bien reconnaître que, pour la plupart, nous n’avons pas pris la peine de nous octroyer un temps supplémentaire dédié à notre couple (je ne parle pas des enfants, qui savent très bien amener leurs parents à leur dédier un temps, et à construire un temps familial).

Des rythmes perturbés

Le confinement a bouleversé toutes ces temporalités.
En nous contraignant à rester à la maison, et pour certains à y travailler, le confinement perturbe l’alternance domicile-travail, qui cadence notre vie quotidienne et crée notre rythme de base. Il n’est plus nécessaire de consacrer du temps aux trajets, ni de nous préparer à rencontrer d’autres personnes dans le cadre professionnel. Il y a confusion entre l’espace et le temps du travail et de la vie privée. On pourrait croire que cela n’est pas plus compliqué à gérer pour l’organisme que de vivre une période de vacances. Sauf que dans le cas présent, il n’y a (en général) pas le changement de décor qui nous aide à basculer d’une temporalité dans l’autre, et il y a en revanche (le plus souvent) invasion du temps du repos domestique par le temps du travail. L’organisme ne « sait plus où il habite ». Et, j’insiste, c’est le cas pour vous deux, ce qui démultiplie cette confusion. Il est au moins aussi étrange de se retrouver chez soi au moment où l’on devrait être en route pour le travail que de trouver son conjoint en pyjama dans son champ de vision à une heure de bureau !

En supprimant des moments-clés de notre journée, comme les trajets, le café avec les collègues, les déplacements dans les couloirs, le confinement nous a soudain rendu beaucoup de temps chaque jour, avec moins de choses à faire. Il a ralenti le rythme de nos journées, ce qui constitue une seconde perturbation temporelle importante. Tout à coup, de nombreuses tâches ont disparu de notre horizon alors que nous aurions tout le temps nécessaire pour les mener à bien. Que faire de ce temps supplémentaire ? Nous pourrions le consacrer à notre couple, en profiter pour passer plus de temps ensemble à discuter, rire, s’aimer. En général, ce n’est pas ce qui se passe, car nous avions jusqu’à présent au contraire tendance à nous éloigner de notre couple en nous investissant dans toutes sortes d’activités extérieures. Nous sommes si accoutumés à ces façons de fuir notre relation que, lorsque ces activités stoppent, nous tentons de les remplacer par d’autres ayant la même fonction. Concrètement, nous ne remplaçons pas notre soirée couture (ou Tango, foot, œnologie, Tupperware…) par du temps de qualité avec notre conjoint, mais par le visionnage de vidéos drôles sur YouTube, la lecture d’articles de journaux sur le coronavirus ou à jouer à des jeux vidéo massivement parallèles.

Un avenir incertain

L’absence d’échéance de fin du confinement , en supprimant toute perspective, nous empêche de nous projeter dans l’avenir et nous plonge dans un présent éternel et immobile, une sorte de temps faussement infini (puisque nous savons qu’il se terminera). Cette pseudo-éternité est elle aussi déstructurante, car elle stoppe notre élan vital et rend tout projet caduc. Comment rester passif aussi longtemps, sans savoir combien de temps cela durera ? Il n’est pas simple de transformer cette période en temps de repos pour ceux qui le pourraient, car elle ne vient s’insérer dans aucune continuité connue. C’est très différent de quelques semaines de congés, dont on sait exactement à l’avance combien de temps ils vont durer, où on va les passer, et ce qui nous attend au retour.

Car, et voici la dernière cause de déstructuration temporelle de notre identité d’individu et de couple, le futur nous est de surcroît présenté sous un jour plus qu’inquiétant : crise économique, chômage massif, faillites d’entreprises, fermeture des frontières, deuxième vague de coronavirus… Rien de réjouissant dans ce discours digne des meilleurs scénarios de films de science-fiction. Vivre des difficultés est en général désagréable, mais cela n’empêche pas l’organisme de se mobiliser et d’agir pour les déjouer. Anticiper un avenir sombre est beaucoup plus déprimant pour l’organisme. Envahi de peurs et d’angoisses diffuses, il est la proie de notre imagination et, comme le cerveau ne fait pas la différence entre des images sorties de notre imaginaire ou issues de la réalité, il tente de s’en défendre à sa façon. Surtout, le niveau de stress augmente, ce qui diminue encore plus notre sécurité intérieure et met en péril celle de notre couple et la qualité de notre connexion amoureuse.

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